Nous vivons sous la tyrannie de l'immédiateté. La technologie, censée nous libérer des tâches fastidieuses pour nous offrir du temps libre, a paradoxalement opéré un renversement de ses promesses initiales. En abolissant les délais d'attente et en comprimant les distances, elle a créé une attente sociale de réactivité perpétuelle. Ce phénomène, que certains sociologues qualifient d'accélération sociale, ne se contente pas de modifier nos rythmes de travail ; il érode la substance même de notre expérience vécue. La réflexion, la maturation d'une idée ou la contemplation nécessitent une durée incompressible que notre époque juge désormais comme du temps mort. Ainsi, nous gagnons du temps sur chaque opération individuelle, mais nous manquons de temps globalement, car nous remplissons ces interstices gagnés par une multitude d'autres tâches, aboutissant à une saturation cognitive permanente.